Malarone (atovaquone-proguanil) et grossesse : publication du CRAT dans JMT Travel Medicine
Malarone® (atovaquone-proguanil) en chimioprophylaxie du paludisme et issues des grossesses exposées : nouvelles données issues de l’analyse des grossesses connues par le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes (CRAT) et revue systématique et méta-analyse.
Référence : Atovaquone-proguanil chemoprophylaxis during pregnancy: a case series and a systematic review and meta-analysis. Condé J, Coulm B, Tubach F, Beghin D, Pourcher V, Monier I, Lelong N, Tort J, Latour M, Vauzelle C, Elefant E, Richardson JL, Dechartres A, Marin B. Atovaquone-proguanil chemoprophylaxis during pregnancy: a case series and a systematic review and meta-analysis. J Travel Med. 2026 Oct 16:taag088. doi: 10.1093/jtm/taag088. Epub ahead of print. PMID: 42886019.
Le paludisme pendant la grossesse est associé à des complications maternelles et périnatales potentiellement graves. Les femmes enceintes qui voyagent dans des zones d’endémie palustre sont particulièrement exposées et doivent bénéficier d’une chimioprophylaxie adaptée. Cependant, les options disponibles sont limitées, et les données de sécurité concernant l’association atovaquone-proguanil (Malarone®), couramment recommandée chez les voyageurs en population générale, restent peu nombreuses pendant la grossesse.
Dans ce contexte, nous avons associé une série de cas prospective de grossesses exposées à l’atovaquone-proguanil en chimioprophylaxie, issues de la base de données cliniques du CRAT, à une revue systématique et méta-analyse de la littérature (RSMA) afin d’actualiser les connaissances sur les issues de grossesse et la survenue éventuelle de malformations congénitales majeures après exposition. Ce travail visait à mieux documenter la sécurité de cette option prophylactique et à contribuer à l’évaluation de sa balance bénéfice-risque pendant la grossesse.
Notre série de cas est la plus importante publiée à ce jour dans cette indication et augmente de 50 % le nombre de grossesses avec une issue connue après exposition à l’atovaquone-proguanil dans la littérature. Cette étude descriptive, couplée à la RSMA, contribue par ailleurs à alimenter la réflexion sur le positionnement relatif de l’atovaquone-proguanil parmi les options de chimioprophylaxie pendant la grossesse, dont la méfloquine, ainsi que sur l’éventuelle actualisation des recommandations dans ce domaine.
Résumé :
Objectif : Évaluer les issues de grossesse et la prévalence des malformations congénitales majeures après une exposition à l’atovaquone-proguanil (AP) utilisé en chimioprophylaxie antipalustre pendant la grossesse.
Méthodes : Nous avons associé à la description d’une série de cas prospective de grossesses exposées à l’AP en chimioprophylaxie enregistrées dans la base de données clinique du CRAT à une revue systématique et méta-analyse (RSMA). Les grossesses incluses avaient été exposées prospectivement à l’AP dans le cadre d’une chimioprophylaxie antipalustre. La série du CRAT incluait les grossesses pour lesquelles la date prévue d’accouchement se situait entre 2009 et 2025 et dont l’issue était connue. La recherche bibliographique a été menée dans MEDLINE, EMBASE, les bases de données Cochrane et la littérature grise jusqu’au 16 septembre 2025. La sélection des études et l’extraction des données ont été réalisées indépendamment par deux évaluateurs. Le risque de biais a été évalué à l’aide de l’outil ROBINS-I. Les prévalences combinées ont été estimées à l’aide de modèles à effets aléatoires, et le niveau de certitude des données a été évalué selon la méthode GRADE.
Résultats : La série de cas du CRAT comprenait 191 grossesses exposées à l’AP, dont 133 au premier trimestre et 75 aux deuxième et troisième trimestres. Les issues de grossesse étaient les suivantes : 164 naissances vivantes (85,9 %), 19 fausses couches spontanées (10,0 %), 2 interruptions médicales de grossesse (1,0 %), 2 morts-fœtales in utero (1,0 %) et 4 interruptions volontaires de grossesse (2,1 %). Parmi les grossesses exposées au premier trimestre pour lesquelles le statut sur la présence ou non d’une malformation congénitale était documenté (n = 110), la prévalence des malformations congénitales majeures était de 3,6 % (IC à 95 % : 1,0–9,0).
La revue systématique et méta-analyse a inclus quatre études. En combinant leurs données avec celles de notre série, l’analyse portait sur 555 grossesses exposées à l’AP, dont 457 au premier trimestre. Les prévalences combinées étaient de 80,3 % pour les naissances vivantes (IC à 95 % : 72,3–87,2 ; I² = 67,2 %), de 14,6 % pour les fausses couches spontanées (IC à 95 % : 7,3–23,9 ; I² = 73,2 %) et de 2,7 % pour les malformations congénitales majeures (IC à 95 % : 1,2–4,8 ; I² = 0,0 %). Le niveau de certitude des données était jugé comme faible.
Conclusion : Les prévalences des différentes issues de grossesse et des malformations congénitales majeures observées après une exposition à l’AP en chimioprophylaxie étaient globalement comparables à celles rapportées dans la population générale. Malgré un faible niveau de certitude des données, ces résultats contribuent à renforcer les connaissances sur la sécurité de l’AP pendant la grossesse. Après évaluation individuelle de la balance bénéfice-risque, l’AP pourrait constituer une option envisageable chez les femmes enceintes nécessitant une chimioprophylaxie antipalustre.
Cette étude a notamment été rendue possible grâce à l’implication des professionnels de santé ayant signalé au CRAT les grossesses de leurs patientes exposées à l’atovaquone-proguanil. Nous les remercions chaleureusement pour leur collaboration essentielle à l’amélioration des connaissances en santé périnatale.
Mis en ligne le 18.10.26
